Hommage à Philippe Prévost

Biographie expresse

Né le 6 juillet 1948, Philippe Prévost suit des études pour devenir enseignant. Mais contre toute attente, il se dirige vers la protection sociale et le 1er mars 1972, il pousse les portes de la Circia, caisse de retraite complémentaire.  C’est dans cette institution, qui donnera naissance au Groupe Taitbout, que Philippe fera la totalité de sa carrière professionnelle où il terminera directeur des grands comptes.

Il découvre le théâtre à l’école à la fin des années 50 et ce, pour échapper à la chorale mixte formée par l’instituteur en vue de la fête annuelle : « Avec un copain, nous refusâmes de participer de peur du ridicule auprès de nos copains plus âgés. Du coup, Rémi proposa de nous faire travailler une saynète muette et comique de 10 minutes intitulée Le moustique que nous avons bien sûr jouée à la fête des écoles et qui recueillit un franc succès ».

Dès lors, au cours complémentaire, Philippe découvre et adore les comédies de Molière et Labiche. Plus tard, ce sont les matinées classiques puis le TNP… Devenu animateur d’un Club des jeunes, il organise des saynètes avec des copains, pour des soirées cabaret.

En 1970, aidés de leur ancien instituteur muté au service de la Jeunesse et des Sports du 78, ils créent une compagnie amateur, les Comédiens de la Tour. Durant des années, et tout en poursuivant une brillante carrière professionnelle dans la protection sociale, Philippe continue la pratique du théâtre sur le plateau mais aussi à la mise en scène, aux décors et même à la plume.

« J’ai trouvé avec cette activité une certaine sorte d’équilibre mais surtout, beaucoup d’amitié, de fraternité, de solidarité… »  

En 1995, Philippe reçoit la Médaille de la ville de Triel pour son action au sein de la vie associative et en 2000, c’est le Triel d’Or pour celle en faveur du théâtre et de la culture.

Philippe a un fils, Vincent, animateur radio Skyrock.

Philippe Prévost est décédé le 4 avril 2018.

Philippe et Octave Mirbeau

Comédien de la première heure, Philippe a joué dans trente-cinq pièces. Le personnage qu’il affectionnait plus particulièrement est sans conteste celui d’Isidore Lechat dans Les affaires sont les affaires. À vingt-cinq reprises, il endossa ce personnage d’Octave Mirbeau, dont quatre fois pour des festivals.

Petite anecdote à propos de cette pièce et du personnage de Lechat. C’était en 1999 et nous étions allés applaudir Francis Huster dans J’adore la vie, spectacle composé de textes de Mirbeau. À l’issue de la représentation, nous avons pu nous entretenir avec lui et Philippe a pu lui expliquer que nous avions le seul théâtre en France portant le nom d’Octave Mirbeau. À la question de savoir ce que nous avions déjà joué, il s’étonna que nous n’ayez pas encore monté Les affaires sont les affaires car se tournant vers Philippe, il lui dit « Mais vous êtes Isidore Lechat, Isidore Lechat, c’est vous ! ». Eh oui, la stature de Philippe était tellement semblable à celle de Lechat ! En sortant du théâtre, nous nous sommes regardés et ensemble : « Puisque Huster le pense, il ne nous reste plus qu’à le faire ». Et c’est ainsi que le projet de monter Les affaires sont les affaires est venu.

Autre personnage d’Octave Mirbeau interprété par Philippe : Armand Biron dans Le Foyer en 2012 et pour vingt-deux représentations. Et quel bonheur de retrouver le duo Philippe Prévost – Pierre Corveaule, déjà entrevu dans Les affaires !

C’est par son père Victor que Philippe découvre Octave Mirbeau, « cet écrivain qui habitait cette belle demeure à Cheverchemont sur les hauteurs de Triel ».

Philippe a lu tout Mirbeau et en 1997, à l’occasion du 80e anniversaire de la mort de l’écrivain triellois, plusieurs pièces sont jouées dans un spectacle intitulé Autour d’Octave Mirbeau. Philippe signera la mise en scène de trois des quatre pièces dont Le journal d’une femme de chambre dont il a également fait l’adaptation. Cette pièce deviendra un spectacle à part entière et sera sélectionnée à deux festivals et obtiendra un prix.

En 2017 et pour le centième anniversaire de la mort de Mirbeau, il assure, conjointement avec Sylvie Langlois, la mise en scène de Farces et moralités.

Mirbeauphile reconnu, Philippe a transmis aux Comédiens de la Tour le « virus Mirbeau » et nous continuons à faire vivre les œuvres du grand Octave.

Philippe comédien

Mais reprenons la chronologie des principales pièces dans lesquelles il a joué avec les Comédiens de la Tour. Bien que membre fondateur de l’association avec d’autres copains de la CMJT, Philippe ne fait son apparition sur les planches qu’en 1974, dans Le grand zèbre de Bricaire et Lasaygues où il interprète Christian, cet homme qui n’arrive pas à trouver la femme de sa vie.

Puis durant dix ans, il sera chaque année sur les planches pour une nouvelle pièce des Comédiens de la Tour, cumulant parfois dans la même saison, mais dans deux créations différentes, les rôles de comédien et de metteur en scène. C’est ainsi qu’il enchaîne La perruche et le poulet de Robert Thomas (1975), La soupière de Robert Lamoureux (1976), Pepsie de Pierrette Bruno (1976), Interdit au public de Jean Marsan (1977) Les vilains (1977) avec les répliques truculentes d’André Gille (d’après Ruzzante) et sa fameuse scène du casque, Le brave soldat Sveik de Jeroslav Hasek (1978), Chers Zoiseaux de Jean Anouilh (1979), Un ami imprévu de Robert Thomas (d’après Agatha Christie) (1980), La soirée du music-hall (1981), Misère et noblesse d’Eduardo Scarpetta (1982), Le cauchemar de William Reed (1983), Les sorcières de Salem d’Arthur Miller (1984), L’agonie (en 1985) ou encore L’Éventail de Goldoni (1987).

Puis, quand l’association grandit, il se fait plus discret sur scène mais c’est à chaque fois un vrai bonheur, que ce soit dans un rôle conséquent : Tartuffe de Molière (1989), La Partie (1992), Le Malade imaginaire de Molière (1998), Oncle Vania de Tckékhov (2002), Les affaires sont les affaires de Mirbeau (2003), Arloc de Serge Kribus (2006), Naïves hirondelles de Roland Dubillard (2008) ou Le Foyer de Mirbeau (2012) ou tout simplement dans de petits rôles pour faire plaisir aux copains : Le bel indifférent de Cocteau (1988), Black Comedy de Peter Shaffer (1991), Vol au-dessus d’un nid de Coucou de Dale Wasserman (1995) ou Ma femme me tue de Chazz Palmentiri (2000).

Il n’est pas le dernier non plus à remplacer un comédien absent. La première fois, c’est à l’occasion des Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas. Il apprend le rôle dans sa baignoire, quelques heures avant la représentation. Mais comme à la même époque, il joue le rôle d’un russe dans L’agonie, en pleine représentation des Trois mousquetaires, il se met à déclamer une de ses répliques avec l’accent russe !

Autres spectacles dans lesquels il fera des remplacements mais cette-fois-ci avec un peu plus de temps pour s’y préparer : Madame Marguerite de Roberto Atayde avec le rôle de l’élève pour que cette pièce puisse être jouée au festival de Menton. Mais aussi Pourquoi j’ai mangé mon père de Roy Lewis pour le rôle de Papa Ours sans oublier le rôle d’Antonio en 2015 dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais.

Son dernier rôle fût celui d’Émile Zola dans Dreyfus, l’Affaire… de Pierrette Dupoyet, pièce dont il assura également la mise en scène.

En qualité de comédien, il aura effectué plus de 300 représentations si on compte les différentes saynètes dans lesquelles il aimait se produire bien souvent au profit d’associations caritatives.

Philippe metteur en scène

La mise en scène est une autre facette dans laquelle Philippe pouvait déployer tous ses talents, sans oublier celui de guide pour toutes les personnes qui ont eu la chance de pouvoir l’assister dans cet exercice.

Il réalisa sa première mise en scène en 1977 avec Piège pour un homme seul de Robert Thomas. En 1980, il signe deux mises en scène : Un ami imprévu de Robert Thomas, dans lequel il tient également le rôle du Capitaine Simonot et Le rapport dont vous êtes l’objet de Vaclav Havel, à une époque où l’auteur tchécoslovaque est en prison suite à la rédaction de la Charte 77 et des actions qui ont suivi.

Après avoir mis en scène cinq de ses pièces, entre 1983 et 1992, il s’attaque en 1995 à un vieux rêve qu’il a en commun avec son complice Jean-Pierre Écobichon : Vol au-dessus d’un nid de coucou de Dale Wasermann. Cette pièce sera jouée dix fois et sélectionnée à un festival.

En 1999, ce sera Le premier d’Israël Horovitz qui sera sélectionné à trois festivals. Deux ans plus tard, la pièce de Jean Genet, Les Bonnes, inspirée de l’affaire des sœurs Papin, sera jouée seize fois, sélectionnée à quatre festivals et obtiendra quatre prix.

En 2007, il accepte de monter la pièce culte Le Père Noël est une ordure qui sera jouée trente fois et participera à quatre festivals. Deux ans plus tard, et dans un style tout à fait différent, ce sera L’antichambre de Jean-Claude Brisville qui sera donnée vingt-six fois dont six fois dans le cadre d’un festival.

En 2012, L’abribus de Philippe Elno sera sélectionné à six festivals et obtiendra un prix.

Les dernières mises en scène importantes de Philippe ont lieu en 2017 avec Farces et moralités d’Octave Mirbeau, évoquée précédemment et Dreyfus, l’Affaire… de Pierrette Dupoyet.

Le palmarès des sélections et prix des pièces mises en scène par Philippe explique à lui seul ses qualités artistiques et humaines mises au service des autres.

Philippe auteur

Cinq des pièces écrites par Philippe Prévost ont été jouées par les Comédiens de la Tour :

  • Le cauchemar de William Reed en 1983. Cette pièce a obtenu trois prix au festival de Plaisir.
  • L’agonie en 1985, sélectionnée au festival de Poissy.
  • Du plomb dans la cervelle en 1986.
  • Un vortex dans le potage en 1987.
  • La partie en 1992, western inspiré du film Gros coup à Dodge City.

Un sixième spectacle co-écrit avec Pierre Corveaule pour les Journées du patrimoine de Triel Le trésor à Jacques II sera également joué en 2002.

Philippe homme-orchestre du TCT et humaniste

Mais Philippe n’était pas seulement auteur, comédien, metteur en scène, régisseur, bricoleur, colleur d’affiches et animateur-formateur de l’atelier des Comédiens de la Tour.

Durant des années, il a œuvré dans l’ombre pour tous les travaux administratifs de l’association. Après avoir tenu les postes de secrétaire et de trésorier, il finit par accepter de devenir président en 1999, poste qu’il tenait encore au moment de son décès.

Durant sa présidence aux Comédiens de la Tour, son attachement au « théâtre social et solidaire» l’amène à organiser plus de 150 représentations gratuites au profit d’œuvres caritatives. Il concrétise également le système des places solidaires proposées par une de nos adhérentes qui permet d’offrir des places gratuites et favoriser ainsi la rencontre de tous les publics avec le théâtre.

Un engagement total pour le théâtre et au théâtre. Un an après son décès, ces actions continuent et se poursuivront encore longtemps.