Dreyfus, l’Affaire…

Un spectacle des Comédiens de la Tour
2017

Une sombre affaire sur fond d’antisémitisme qui divisa la France en deux

Distribution

Avec (par ordre d’entrée en scène) :

  • Alfred Dreyfus : Olivier Bulteau
  • Du Paty de Clam : Franck Martinière
  • Lucie Dreyfus : Élisabeth Merly
  • Émile Zola : Philippe Prévost, puis Jean-Baptiste Compiègne
  • Mathieu Dreyfus : Jérôme Raimbault ou Sébastien Le Sciellour

Mise en scène : Philippe Prévost et Sylvie Langlois, assistés de Marie-Thérèse Dutartre

Régie son et lumière : Renaud de Verdilhac

Costumes : Jenny Bennitt, Corinne Goutard, Marie-Jo Lignel et Anne-Marie Scarabello

Affiche : Gérard Foucher

Programme : Martine Foucher

 

L'histoire

L’histoire débute en septembre 1894 lorsqu’à l’ambassade d’Allemagne à Paris, une note manuscrite chiffonnée et déchirée est découverte. Ce bordereau qui expose des secrets militaires sur les armements et la composition des troupes françaises a de toute évidence été rédigé  par un traitre à la solde de l’Empire germanique. Une enquête est menée en toute hâte auprès des officiers stagiaires et très vite, les soupçons se portent sur le capitaine Alfred Dreyfus. Le lundi 15 octobre 1894, Dreyfus est convoqué au cabinet du chef d’état-major de l’armée pour une inspection de routine. Il s’agissait en fait d’un piège qui ce jour-là se referme sur l’officier.

À partir de cet instant, Alfred Dreyfus va être victime de la pire des injustices le conduisant à la dégradation, à l’enfermement puis à l’exil au bagne de l’Île du Diable tandis qu’il s’évertuait à crier son innocence. Déclaré coupable à l’unanimité lors de son premier procès, l’opinion publique est partagée en deux tendances : les dreyfusards, républicains, socialistes, libertaires… qui défendaient la cause de l’accusé et les antidreyfusards, extrémistes, nationalistes, antisémites qui, à travers des journaux comme La Libre Parole ou La Croix s’obstinaient dans l’accusation.

Le 13 janvier 1898, Émile Zola ayant pris fait et cause pour l’accusé fit paraître dans L’Aurore la fameuse lettre ouverte au Président Félix Faure sous le titre provocateur : « J’accuse ».

Après la révision du procès en août et septembre 1899 qui le jugera à nouveau coupable mais « avec circonstances atténuantes », Dreyfus bénéficiera de la grâce présidentielle.

Le 12 juillet 1906, la Cour de cassation reconnaît l’erreur judiciaire et innocente le capitaine Dreyfus.

La pièce

Remarquablement écrite par Pierrette Dupoyet, cette pièce  met en scène l’une des affaires les plus sulfureuses de la fin du XIXe siècle. De la sinistre dictée qui fit accuser à tort de haute trahison le Capitaine Dreyfus, jusqu’à la réhabilitation tardive, en passant par la dégradation, la déportation à l’Île du Diable, la révision du procès à Rennes…

« L’Affaire Dreyfus, cent ans après, reste toujours d’actualité. Cette lutte pour la vérité et l’honneur d’un homme, fut-ce en s’opposant à l’ordre et à la raison d’État, se poursuit aujourd’hui à travers celle menée pour la défense des Droits de l’Homme partout dans le monde afin que tous jouissent des mêmes droits, quelles que soient leur race, leur religion ou leurs opinions. Il faut savoir gré à Pierrette Dupoyet de mettre son talent, à travers ce spectacle, au service de ce combat contre l’arbitraire et pour la justice ». Michel Dreyfus, Paris 1995 (arrière-petit-fils de Capitaine Dreyfus)

C’est le 13 novembre 1897, au domicile de Scheurer-Kestner, vice-président du Sénat menant campagne pour la révision du procès, qu’Émile Zola est convaincu de l’innocence de Dreyfus.

Quelques jours plus tard, il prend la décision de se lancer à son tour dans la bataille et publie dans Le Figaro du 25 novembre 1897, un long article en faveur de Scheurer-Kestner et l’affaire Dreyfus, se terminant par « La vérité est en marche, et rien ne l’arrêtera ».

Après trois publications, et devant la pression de ses lecteurs, Le Figaro renonce à soutenir Zola qui se retourne vers son éditeur pour continuer sa campagne et publier ses articles sous forme de brochure. C’est ainsi que sont publiées le 14 décembre 1897 Lettre à la jeunesse et le 7 janvier 1898, Lettre à la France.

Sa troisième lettre sortira deux jours après l’acquittement du véritable coupable, le commandant Esterhazy et sera publiée dans L’Aurore du 13 janvier 1898. C’est la fameuse lettre à M. Félix Faure, Président de la République, qui fera la une du journal sous le titre J’accuse, trouvé par Georges Clémenceau.

Grâce au procès de Zola, l’Affaire Dreyfus devient publique et politique. Le 23 février, le tribunal inflige à Zola la peine maximum : un an de prison et 3000 F d’amende. Le 2 avril, la chambre criminelle de la Cour de cassation annule la condamnation pour vice de forme. Mais le 8 avril, le Conseil de guerre, responsable de l’acquittement d’Esterhazy, porte plainte en se constituant partie civile. C’est après la nouvelle condamnation prononcée le 18 juillet 1898 par la cour d’assises de Versailles que Zola suit l’avis de ses amis et décide de s’exiler en Angleterre. C’est l’annonce de la révision du procès d’Alfred Dreyfus qui permettra à Zola de rentrer en France après presque un an d’exil.

Le 29 septembre 1902, Émile Zola est retrouvé sans vie dans son appartement parisien suite à une asphyxie due au mauvais tirage de sa cheminée dont le conduit était bouché. L’enquête policière est bâclée et conclut à l’accident. Pourtant, la thèse de l’assassinat ou de la « malveillance ayant mal tourné » n’a jamais été totalement écartée. Le responsable de la mort de Zola serait le fumiste Henri Buronfosse, qui profitant des travaux réalisés sur la maison voisine, aurait bouché la cheminée de la chambre à coucher.

Lors des obsèques, Anatole France déclare : « Il fut un moment de la conscience humaine. ». Le 4 juin 1908, les cendres d’Émile Zola sont transférées au Panthéon.

Plus d’informations dans É​mile Zola, Combat pour Dreyfus, aux éditions Dilecta.

Ce n’est que tardivement que Mirbeau se sent concerné par le sort d’Alfred Dreyfus. Cet engagement n’allait pas de soi : Dreyfus était un riche bourgeois, officier de surcroit, et il n’était pas évident, pour le défenseur des démunis et des sans-voix, de se battre pour un privilégié qui ne partageait probablement pas du tout ses valeurs.

Au printemps 1897, après une visite de Bernard Lazare, il est tenaillé par les premières morsures du doute. Les révélations de Mathieu Dreyfus et l’engagement de l’intègre vice-président du Sénat, Scheurer-Kestner, l’amènent à prendre position publiquement dans un article du Journal, le 28 novembre 1897, trois jours après le premier article de Zola. Puis la mascarade révoltante de l’acquittement d’Esterhazy, le 11 janvier 1898, et le courageux cri « de pitié et de vérité » de Zola dans J’accuse, le 13 janvier, le convainquent de l’effroyable machination. Dès lors, son engament est total et passionné.

Octave Mirbeau devient aussi l’indéfectible soutien de Zola. Il l’accompagne tous les jours au Palais de Justice et le 8 août 1898, il paye de sa poche l’amende d’un montant de 7 555,25 F, avec les frais du procès (soit environ 25 000 €), à laquelle a été condamné Zola pour son J’accuse. Durant l’exil de Zola, il le tient régulièrement au courant de l’évolution de sa situation et va le voir en Angleterre. Il est chargé par Zola de toutes les démarches visant à lui épargner la saisie, et il soutient inlassablement le moral d’Alexandrine Zola.

Mais c’est dans les colonnes de L’Aurore, qu’il rejoint le 2 août 1898, que le journaliste donne la pleine mesure de son engagement. Pendant un an et dans une cinquantaine d’articles, il met sa puissance de conviction au service d’un grand projet : rassembler les intellectuels et les prolétaires, contre le nationalisme, le cléricalisme, le militarisme et l’antisémitisme des antidreyfusards.

Mirbeau a compris les enjeux de la bataille qui s’engageait et place ainsi l’affaire Dreyfus au plus haut niveau, sur le terrain des libertés, collectives et individuelles, qui ne peuvent être protégées que par un strict respect des lois, alors que l’armée se conduit en factieuse et que le Gouvernement, en bafouant ouvertement la loi, menace gravement les libertés publiques, auxquelles un libertaire et un individualiste tel que lui est viscéralement attaché.

Jusqu’à sa mort, Octave Mirbeau garde sa confiance et son admiration pour Alfred Dreyfus comme en témoigne la belle lettre qu’il lui adresse le 1er octobre 1907 :

Mon cher commandant, Dimanche, à Médan, je vous ai cherché et n’ai pu vous rencontrer, grâce à un gêneur qui s’était attaché à moi et dont je n’ai pu me débarrasser. J’aurais bien voulu vous voir, pour vous dire toute ma sympathie, profonde, et encore mon indignation de la lâcheté dont on a fait preuve envers vous. Je suis content que vous ayez définitivement quitté l’armée. Mais je me reporte aux heures de lutte ; et c’est avec un sentiment de la plus amère tristesse, que je crois qu’il ne reste plus guères [sic] que des remerciements, de tout ce qui avait jadis passionné nos âmes, et exalté nos esprits. Vous avez montré, vous, un beau caractère, un beau désintéressement, et finalement, un beau dégoût. Le contraste est saisissant, et fait que les rares restés fidèles à eux-mêmes, vous aiment plus encore. Je me souviens de notre rencontre aux Champs-Élysées. J’en parle souvent à ma femme, avec une grande joie, car, ce jour-là, j’ai rencontré, ce qui est rare aujourd’hui, un homme ! Nous vous aimons tendrement, et nous vous le disons, avec tout ce que nous avons d’émotion sur le cœur. Octave Mirbeau.

D’après les textes de la Société Octave Mirbeau (www.mirbeau.org)

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